Article original : I Moved Abroad to Work for a Startup – and I Came Back with Nothing, and Everything.
Par Kim Thuy Tu
Sans même un dollar en poche, je n'avais pourtant pas l'impression d'avoir touché le fond.
Quand vous dites à quelqu'un que vous travaillez pour une startup, il pense soit que vous allez devenir très riche, soit que vous allez finir totalement fauché.
Je me souviens avoir dit à mes parents et à mes amis, concernant ma décision de rejoindre Christina’s :
« J'aime vraiment la mission de l'entreprise et ils croissent très vite. S'ils continuent à cette vitesse, je devrais revenir avec plus qu'assez pour monter ma propre entreprise une fois que mes stocks seront totalement acquis ».
Ouais, ça ne s'est pas passé comme ça.
Tout comme un investisseur ferait sa due diligence avant d'investir, j'ai fait la mienne avant de m'engager chez Christina’s. Lorsque le cofondateur et CEO, Thu, m'a contactée, je l'ai fait patienter pendant presque un mois le temps d'enquêter. J'ai examiné l'entreprise, la mission, l'équipe et, surtout, lui.
C'est le genre de gars qui partage ses pensées avec sincérité, trouve le bon côté des choses dans ses erreurs et ses échecs, se lance dans des défis aléatoires de 30 jours, écrit des lettres d'amour à une fille qu'il n'a jamais rencontrée, prône une culture qui donne aux gens le pouvoir de faire ce qu'ils aiment, et lit des livres comme Leaders Eat Last pour ensuite passer concrètement à l'action. Comme s'assurer que tout le monde dans l'entreprise soit payé avant l'équipe de direction.
En même temps, c'était un visionnaire aux yeux pleins d'étoiles qui croyait non seulement en la possibilité de changer le monde, mais aussi la façon dont les gens le percevaient. À cette époque, j'avais une offre d'emploi concurrente à New York, mais c'est sa persévérance et sa vision qui m'ont poussée à faire mes valises, à dire au revoir à ma famille et à mes amis, et à déménager à l'autre bout du monde, à Saïgon.
Quelle était cette vision ? Faire du Vietnam un modèle pour les autres pays en développement. Il m'a convaincue, là, sur le champ. Il savait que je voulais faire partie de quelque chose de plus grand, et il avait raison.
Une partie de moi savait que travailler pour une startup peut soit rapporter 10 fois la mise, soit ne rien rapporter du tout. L'autre partie savait que même si tout s'effondrait, j'aurais vécu une grande aventure et une histoire encore plus folle à raconter.
Après tout, je n'ai que 26 ans. Je ne suis pas censée tout savoir, mais après cela, je peux dire que j'en sais sacrément plus sur les gens, le travail et la vie qu'auparavant. C'était un compromis que je pouvais me permettre de faire à ce stade de ma vie.
Juin 2017
Après avoir fait mes adieux, j'ai emménagé à Saïgon, au Vietnam, pour devenir la deuxième Product Designer de Christina’s. Il y avait moins de 100 personnes travaillant dans l'entreprise à l'époque. Tout le monde connaissait le nom de chacun et, lors de notre town hall bimensuel, nous avions assez de temps pour que chaque nouveau membre vienne sur le devant de la scène pour se présenter.
Décembre 2017
C'est bientôt Noël et nous avons reçu la nouvelle d'un potentiel investissement majeur. Je ne divulguerai pas qui ou quel montant l'investissement aurait représenté en raison de l'accord de confidentialité, mais c'était plus qu'assez pour que tout le monde soit surexcité.
Janvier 2018
Nous avons constaté une augmentation du flux de trésorerie positif et nous croissions par 3. De moins de 100 membres, nous étions passés à plus de 300 ; notre famille s'agrandissait. Il était désormais courant de ne pas connaître le nom de tout le monde. Des ajustements ont dû être apportés au format de notre town hall puisque nous n'avions plus le temps pour les présentations individuelles.
Avec les discussions sur l'investissement majeur en cours et des mois de flux de trésorerie positif, l'entreprise a annoncé une augmentation de salaire de 20 % pour toute l'entreprise. Notre bonus du Tết (Nouvel An vietnamien) a également été versé en avance et l'entreprise pouvait désormais se permettre d'offrir à chaque membre à plein temps des avantages supplémentaires et une assurance santé privée. C'était la période la plus excitante de nos vies, et de celle de l'entreprise.
Août 2018
8 mois plus tard, nous avons frôlé l'iceberg. Quelque chose s'est produit et nous avons lutté durant notre premier mois de revers financiers. L'entreprise a été incapable de payer les salaires de l'équipe à temps et le versement a été retardé de plusieurs semaines.
Une fois tous les salaires versés, nous étions optimistes quant au fait que cela ne se reproduirait plus. Quelqu'un aurait certainement examiné le problème et l'aurait corrigé. De plus, si nous avions réussi à traverser cela une fois, nous pourrions sûrement le refaire.
Janvier 2019
Les six mois suivants ont défilé sans problème visible et l'entreprise a continué de croître alors que nous acceptions plus d'investissements tout en attendant avec impatience l'investissement encore plus important.
À ce stade, nous avions quadruplé de taille avec plus de 450 membres répartis sur 8 sites au Vietnam. De nouvelles promotions ont été annoncées, y compris ma promotion au poste de Head of Product. En étant très juste pour le bonus du Tết cette fois-ci, des discussions sur un ralentissement ont commencé à faire surface.
Avril 2019
3 mois plus tard, notre arrêt de mort est arrivé sous la forme d'un investissement qui ne s'est jamais concrétisé.
Avec la nouvelle de l'échec de l'investissement, l'entreprise est passée en mode « survie » alors que nous nous précipitions pour trouver un plan afin de rester à flot et de payer notre équipe dans les mois à venir.
De nouvelles idées pour sauver l'entreprise surgissaient et mouraient aussi vite qu'elles étaient apparues. Davantage de contrôles de coûts et de retards de salaires ont été annoncés. Ceux qui étaient en position de prêter de l'argent ou une partie de leur salaire à l'entreprise l'ont fait, avec la promesse d'un intérêt de 10 % en retour.
Juillet 2019
Les quatre secteurs d'activité de l'entreprise ne générant pas assez de revenus pour couvrir nos coûts accumulés, une pression intense a été placée sur notre équipe technologique pour lancer nos produits et générer au moins 50 000 USD de revenus mensuels au cours des 6 premiers mois.
C'était un objectif irréaliste étant donné l'état de nos produits, mais je me suis portée volontaire pour diriger l'initiative. Pourtant, aucun salaire n'avait été payé. Aucun salaire n'a été réduit et l'équipe de direction était catégorique sur le fait de ne licencier personne.
Août 2019
Nous avons réussi à lancer notre technologie, mais pas de la manière dont nous le souhaitions. Nous sommes allés sur le marché avec un marketing bootstrap et un budget publicitaire nul.
C'était comme un avion qui décolle sans piste. Nous espérions pouvoir quitter le sol sans nous écraser et brûler. Et nous l'avons fait, en quelque sorte. Notre produit a montré des signes de vie et un market-fit, mais nous sommes tombés à court de carburant et de temps.
C'est également vers cette période que j'ai envoyé mon préavis de deux mois. Il était temps de regarder vers l'avant.
Octobre 2019, La Dernière Danse
Lors de mon déjeuner d'adieu, mon CTO, un ingénieur calme et incroyablement talentueux, m'a dit trois mots qui ont fait taire mon critique intérieur et ma culpabilité :
« Merci pour tout. »
En le regardant, j'ai su qu'il pensait chaque mot.
Je suis arrivée à Saïgon comme une Product Designer autodidacte ambitieuse aux yeux écarquillés, cherchant à acquérir de l'expérience, à mettre la main à la pâte et à me faire un nom.
Dans cette aventure, je me suis retrouvée à bâtir une équipe produit entière avec notre propre ensemble de processus et de principes qui nous ont permis de repenser notre technologie et d'aider l'entreprise à passer à l'échelle opérationnellement. Notre équipe était admirée par tout le monde dans l'entreprise. Nous étions l'équipe qui assurait, et nous portions ce badge avec fierté.
Leçons à retenir
Il y a eu de nombreuses nuits où je restais allongée dans mon lit, incapable de dormir, ressassant les événements qui s'étaient déroulés tout en tournant dans un cycle d'émotions. Culpabilité. Honte. Embarras. Tristesse. Recommencer.
Mais pas une seule fois je n'ai ressenti de colère envers l'entreprise et, croyez-moi, il y avait de très nombreuses raisons de l'être.
J'aurais pu être en colère contre les décisions imprudentes qui ont été prises, l'incapacité à garder nos finances sous contrôle, ou même le manque de communication et d'unité affiché par l'équipe de direction quand tout le monde comptait le plus sur elle.
Même alors, je ne pouvais pas me permettre de laisser entrer cette colère. Je savais que si je le faisais, elle m'aurait dévorée et recrachée dans l'obscurité, couverte de rien d'autre que d'apitoiement sur moi-même et d'insécurités.
Je me suis interrogée sur mon calme ces nuits-là, me demandant si je m'étais endurcie au fil des ans ou si j'avais simplement perdu la raison. Je veux dire, où étaient les larmes ?
En regardant en arrière, j'ai réalisé qu'après avoir traversé toutes ces émotions, je revenais toujours à un sentiment de résolution. Résolue à savoir que j'avais fait ce que je pouvais et que j'avais donné le meilleur de moi-même.
Dans mon cours de commerce au lycée, on nous apprenait à avoir un fonds d'urgence d'au moins 1 000 $ pour nous préparer aux coûts imprévus et aux jours difficiles. J'étais loin de me douter que ce serait à peine suffisant pour me préparer à 4 mois consécutifs de salaire impayé.
La question que je ne cessais de retourner dans ma tête était de savoir comment j'étais censée regarder mes parents en face et leur dire qu'après tant d'années de travail à l'étranger, je rentrais à la maison avec rien d'autre qu'une dette de carte de crédit ?
Et je ne le sais pas encore, je suis toujours en train de chercher. Je cherche encore beaucoup de choses. Tout ce que je sais, c'est que cela commence par une conversation honnête et vulnérable et, peu importe comment je vois les choses, je ne peux que me sentir chanceuse d'être si jeune et sans attaches. Je ne peux qu'imaginer à quel point cela aurait été plus difficile si j'avais eu d'autres personnes à charge que moi-même.
Pour quelqu'un qui prévoit de devenir entrepreneur un jour, les leçons et les compétences que j'ai acquises grâce à cette expérience ont été tout simplement inestimables. J'ai porté tellement de casquettes et été témoin de tant de signaux d'alarme liés à la croissance d'une startup.
J'ai joué avec l'idée que c'était peut-être ce que le capitaine de l'insubmersible Titanic avait ressenti avant de heurter l'iceberg, surtout après avoir été averti qu'ils naviguaient trop vite dans des conditions aussi glaciales.
Quand avons-nous commencé à voir la glace ? Aurions-nous pu changer de cap ou ralentir suffisamment pour esquiver les icebergs ?
En même temps, j'ai aussi vu de mes propres yeux toutes les choses que nous avons réussies. Comme faire croître une entreprise par 4 avec une équipe de plus de 450 personnes prêtes à renoncer à leurs chèques de paie et à prêter de l'argent à l'entreprise pendant plusieurs mois consécutifs – tout cela parce qu'elles croyaient en la mission et en la culture que nous avions travaillé si dur à construire. Je sais que c'était mon cas.
Vous pouvez créer une entreprise du jour au lendemain, mais bâtir une culture forte et résiliente avec des centaines de personnes croyant en un seul objectif collectif, cela demande autre chose.
Je ne peux qu'espérer que les expériences que j'ai apprises seront utiles lorsque j'aurai ma propre entreprise, où je serai confrontée à des décisions qui ne m'affecteront pas seulement moi, mais aussi mon équipe et leurs proches.
Épilogue
Le premier jet de cet article a été écrit pendant mon vol aller simple de retour vers les États-Unis. À l'époque, j'avais un million de questions en tête et moins d'un dollar sur mon compte courant.
Plusieurs mois plus tard, j'ai tourné la page pour décrocher un emploi dans l'entreprise de mes rêves (Evernote), j'ai cofondé une nouvelle aventure passionnante (Noted), et plus important encore, j'ai engagé avec mes parents cette conversation vulnérable et honnête qui n'avait que trop tardé.
Je me suis confiée à eux sur mes revers, les leçons que j'ai apprises et à quel point je suis excitée pour l'avenir. Ma mère a pleuré, mon père rayonnait de fierté en détournant le regard et m'a demandé ce que je voulais pour le dîner.
Dans mon premier jet de cet article, je concluais en disant qu'il n'y avait pas de fin heureuse à cette histoire. Mon intention n'a jamais été de rendre cette histoire inspirante non plus. Mon seul but était de clore ce voyage doux-amer en partageant mon histoire, et l'écriture était la seule façon que je connaissais pour le faire.
Mais après l'avoir vécu et être arrivée à ce point de clarté, je peux dire sans aucun doute :
Il n'était pas censé y avoir de fin heureuse à cette histoire.
Elle n'était pas censée être inspirante non plus.
Oui, je me suis retrouvée avec rien.
Mais en même temps, je me suis retrouvée avec tout : moi-même, les leçons que j'ai apprises de cette aventure douce-amère, et mes rêves.
Et pour moi, c'était tout ce dont je pouvais avoir besoin.
De plus, j'ai toujours cru que tout dans la vie arrive pour une raison… tant que nous lui en donnons une.
Que cette raison soit d'apprendre, de grandir et de continuer à évoluer vers cette personne que nous voulons devenir un jour.
Et souvenez-vous,
« Les temps difficiles ne durent pas, les personnes fortes, si. »
— Robert Schuller